Titre: Effacement...

Date: 2011-2012

Dimensions: carte postale

Matériaux: photographie numérique

Photo(s): Joceline Chabot

 

Cette série de cartes postales a été produite pour clore un cycle. Pendant plusieurs années j'ai travaillé dans les parcs de la ville de Montréal. J'y ai pris des photographies à différents moments. Certaines d'entre elles, reproduites sur format carte postale, ont été distribuées aux usagers du Parc Lafontaine et à mes collègues en novembre 2011 lors de ma dernière journée de travail. Parmi celles-ci j'ai glissé quelques photographies d'un travail personnel «Effacements...dessins d'après nature» et dont les prémisses étaient celles-ci: 

Nous sommes tous confrontés aux contraintes du temps. Organiser la vie selon l’espace-temps est fastidieux et nous naviguons tous d’une activité à l’autre de façon plus ou moins harmonieuse en déblatérant sur la vitesse à laquelle le temps file. Les contraintes augmentent proportionnellement avec la quantité d’obligations (famille/études/travail/passion) et, pour certains artistes pour qui le travail alimentaire occupe un espace-temps déraisonnable, il y a inévitablement conflit dans l’agenda. Conflit parfois sans issue.
L’idéal serait d’effacer les frontières entre toutes ces activités.

Contexte.

Dans des parcs de la ville, aux commandes du tracteur avec lequel je dois tondre les gazons ou hacher les feuilles pour en accélérer la décomposition (travaux saisonniers), je compose des figures inhabituelles et aléatoires en tenant compte des obstacles. Je contourne donc les arbres, les arbustes, les bancs, les tables en traçant des spirales qui se chevauchent ou des entrelacs de lignes et de mots. Par la force des choses, je dois respecter d’autres contraintes : la largeur de mon outil et les assignations du contremaître. Ces dessins d’après nature, comme je les appelle, ont une vie éphémère, ne sont parfois visibles que d'un point de vue (le mien) et ne s'adressent à personne en particulier. Les piétons qui les remarquent peuvent s’en étonner ou considérer ce qu'ils voient comme le résultat d’une fantaisie passagère ou le fruit du hasard. Cela rend pourtant mon travail plus léger et contribue à minimiser les frontières entre mes différentes activités.

Ces dessins d’après nature et l’espace-temps dans lequel ils prennent forme contribuent à alimenter mes réflexions sur l’art et la vie. Même si le résultat pourrait être associé en apparence à certains travaux du Land Art, je crois pourtant qu’ils s’inscrivent dans un mouvement plus actuel qui consiste à démystifier la production artistique et en quelque sorte à effacer la hiérarchie souvent surfaite entre les différentes activités humaines. Comme dans toute ma production, c’est une façon de réfléchir le monde et sur le monde.

joceline chabot, septembre deux mille huit.