«portrait de nous dans le paysage»1989

4 février 2020

Petite histoire autour de ma participation à un symposium (Baie St-Paul 1989)

En août 1989 je participais au Symposium de Peinture1 de Baie St-Paul dont le thème en était «le paysage». Je me questionnais à cet époque sur notre rapport à la nature et plus particulièrement sur le fait que nous soyons si peu soucieux de son état. Je pensais à TCHERNOBIL, BOPAL, TREE MILES ISLAND, LA MER D'ARAL.....

J'abordais donc ce thème avec des préoccupations écologiques.

«Portrait de nous dans le paysage»2 était le résultat d'un constat assez pessimiste. Le croquis présenté lors de la soumission du projet comprenait une toile de très grand format sur lequel était représenté, dans un environnement bleuté et flou, un personnage à peine esquissé, accroupi sur le bord d'un quai désert. Suspendue devant la toile, une barque en 3D recouverte de cire couleur « pétrole brut ».

Durant le déroulement du symposium j'ai questionné la présence de cette figure humaine en la faisant disparaître et réapparaître dans un paysage de plus en plus évanescent. La version finale : une abstraction où l'on pouvait à peine déceler une forme construite rappelant un quai. La barque est restée au sol. J'imagine que cela correspondait au constat imaginable de la possible disparition des humains si leur façon d'occuper le «paysage» continuait d'être aussi inconséquent.

J'ai su quelques années plus tard que la barque n'existait plus... On m'a expliqué qu'elle avait été endommagée, et manifestement non récupérable, lors d'un entreposage dans une «grange». Pour la toile...personne n'a pu préciser si elle avait subit le même sort.

Je n'étais pas particulièrement satisfaite du résultat de ce travail. Sa disparition ne m'est donc pas apparue comme une perte trop désolante. À posteriori, je peux pourtant affirmer que cette expérience a été signifiante dans ma production où on pourra décèler, en filigrane, une réflexion sur l'impermanence des choses et des êtres.

Le symposium de 1989 se déroulait à l'intérieur d’un arèna qui pour l'occasion était tapissé de papier d'aluminium (une partie des subventions venait d'Alcan). Les espaces réservés aux artistes étaient déterminés par un simple tracé au sol : pas de cloison, pas d'intimité.

Greenberg, (oui oui celui là même qui a introduit et formulé le formaliste en art), avait coloré de sa présence la production des artistes (la mienne aussi sûrement). En faisant sa tournée de «maître», il a boudé toutes les productions où il y avait de la figuration. Durant sa conférence, fidèle à lui-même, il a répondu à une de mes questions concernant «le contenu explicite que certains artistes voulaient explorer dans leur travail» que ces préoccupations «ne l'intéressaient pas». Exit donc l'art conceptuel, l'art féministe, l'art militant etc. Il ne fallait pas trop s'en «formaliser» puisque sa théorie qui avait eu un certain rayonnement dans les années 60 avait du plomb dans l'aile.

1Maintenant «Symposium d'Art Contemporain de Baie St-Paul».

2. «Portrait de nous dans le paysage» le titre qui chapeautait ce travail avait une résonnance particulière avec des titres de romans de l'écrivain allemand Heinrich Böll (Portrait de groupe avec dame et Femmes devant un paysage fluvial).